1. Qu'est-ce que la dysorthographie ?
La dysorthographie est un trouble spécifique des apprentissages qui affecte l'acquisition et la maîtrise de l'orthographe et de l'expression écrite. Le DSM-5 la classe sous l'appellation « Trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l'expression écrite ». La CIM-11 parle de « trouble spécifique de l'orthographe ».
Elle se traduit par des difficultés durables et significatives à orthographier les mots (orthographe phonétique et d'usage), à respecter les règles grammaticales à l'écrit, et à produire des textes cohérents, qui ne s'expliquent pas par une déficience intellectuelle, des problèmes sensoriels, un manque de scolarisation ou des difficultés sociales.
Dysorthographie et dyslexie : quelle différence ?
Cette question est fondamentale car les deux troubles sont souvent confondus :
| | Dyslexie | Dysorthographie | |---|---|---| | Domaine principal | Lecture (décodage) | Orthographe (encodage) | | Ce que l'enfant fait | Lit avec difficulté | Écrit avec difficulté | | Processus en jeu | Déchiffrer les mots écrits | Coder les sons en lettres |
La dysorthographie peut exister sans dyslexie : un enfant peut lire de façon acceptable mais produire des écrits très fautifs. En revanche, un enfant dyslexique présente presque toujours aussi une dysorthographie, car les deux troubles partagent la même origine phonologique.
Prévalence : La dysorthographie touche environ 5 à 6 % des enfants en âge scolaire. Dans des enquêtes récentes auprès de familles touchées, la dysorthographie est le deuxième trouble dys le plus fréquent après la dyslexie. Elle touche davantage les garçons que les filles (2 à 3 garçons pour 1 fille).
Ce que la dysorthographie n'est PAS :
- Ce n'est pas un manque d'attention ou de soin dans le travail
- Ce n'est pas dû à un niveau culturel insuffisant ou à un manque de lectures
- Ce n'est pas une mauvaise mémorisation que la répétition suffira à corriger
- Ce n'est pas une phase qui disparaîtra sans accompagnement
« La dysorthographie est un trouble spécifique et durable de l'orthographe, distinct de toute insuffisance intellectuelle, et qui nécessite une prise en charge orthophonique adaptée. »
— Fédération Française des DYS (FFDys)
2. Comment se manifeste la dysorthographie chez l'enfant ?
Les manifestations de la dysorthographie concernent deux grandes dimensions de l'écrit : l'orthographe phonétique (comment on écrit les sons) et l'orthographe d'usage et grammaticale (les règles de la langue).
Difficultés d'orthographe phonétique (sons → lettres)
- Écriture phonétique des mots : « jé manjer » pour « j'ai mangé », « fillé » pour « fille »
- Confusions de sons proches à l'écrit : « boite » / « voite », « d » / « t »
- Oubli ou ajout de lettres dans les mots
- Difficultés à respecter les doubles consonnes, les accents
Difficultés d'orthographe lexicale (mémorisation des mots)
- Orthographe des mots courants irrégulière et instable : un même mot peut être écrit de plusieurs façons différentes dans le même texte
- Difficultés à mémoriser la « forme » des mots fréquents, même après de nombreuses répétitions
- Peine à appliquer les analogies : ne généralise pas les régularités d'un mot à un autre
Difficultés grammaticales à l'écrit
- Oubli des accords (genre, nombre)
- Confusion des homophones grammaticaux (a / à, est / et, on / ont, son / sont)
- Difficultés à appliquer les règles de conjugaison même connues oralement
Conséquences sur la production écrite
- Textes courts, pauvres en vocabulaire (l'enfant évite les mots qu'il ne sait pas écrire)
- Écriture lente : l'attention mobilisée par l'orthographe empêche de réfléchir au contenu
- Grande fatigue et découragement face aux exercices d'écriture
- Évitement des tâches impliquant de l'écrit (rédactions, courriers, prises de notes)
À noter
La dysorthographie est très souvent associée à une dyslexie (dans la majorité des cas), mais peut aussi coexister avec un TDAH, une dyscalculie ou un TDC. Un enfant avec une dysorthographie isolée (sans dyslexie) peut sembler « lire correctement » mais présente des difficultés majeures à la production écrite. Ce profil est parfois moins bien repéré car l'enfant ne « dérange » pas en classe lors des activités de lecture.
3. Les idées reçues à dépasser
« Il fait des fautes parce qu'il ne relit pas son travail »
Faux. Un enfant dysorthographique peut relire plusieurs fois son travail sans détecter ses erreurs, car son cerveau ne « voit » pas les fautes comme telles. Ce n'est pas de la négligence : le traitement automatique des patterns orthographiques est difficile pour lui. La relire est une compétence qui nécessite aussi un entraînement spécialisé.
« Faire plus de dictées et de révisions va tout régler »
Faux. Répéter des exercices sans méthode adaptée est souvent contre-productif : l'enfant mémorise de façon partielle, sans construire les représentations mentales stables dont il a besoin. La rééducation orthophonique travaille sur les mécanismes sous-jacents (conscience phonologique, mémoire orthographique, stratégies d'encodage), pas sur la mémorisation brute.
« Mon enfant est dysorthographique parce qu'il lit trop peu »
Faux. Même si la lecture enrichit le vocabulaire et consolide les représentations orthographiques, la dysorthographie n'est pas causée par un manque de lectures. Certains enfants grands lecteurs sont dysorthographiques. La cause est neurologique et phonologique.
« La dysorthographie, c'est la même chose que la dyslexie »
Faux. Les deux troubles sont liés mais distincts. La dyslexie concerne la lecture ; la dysorthographie concerne l'écriture des mots. Un enfant peut être dysorthographique sans être dyslexique. Il est important de bien différencier les deux pour proposer un accompagnement adapté à chaque trouble.
« Les correcteurs orthographiques sur ordinateur vont le rendre paresseux »
Faux. Les outils de correction (correcteurs automatiques, logiciels comme Antidote ou les assistants d'écriture) sont des aides légitimes pour les enfants dysorthographiques, au même titre que les lunettes pour un enfant myope. Ils permettent à l'enfant de se concentrer sur le fond de son écrit plutôt que sur la forme, et améliorent sa confiance en ses capacités rédactionnelles.
4. Qui consulter et quand ?
Quand consulter ?
Consultez si votre enfant :
- Présente en CE2 un retard orthographique d'au moins 18 mois par rapport aux attentes pour son âge
- A une orthographe très instable : le même mot écrit de plusieurs façons dans le même devoir
- Montre un évitement fort des exercices écrits ou une grande anxiété face à la dictée
- Fait de nombreuses fautes phonétiques (écrit les mots comme ils se prononcent) après plusieurs années de scolarité
- A un frère, une sœur ou un parent dyslexique ou dysorthographique (composante génétique forte)
Vers qui se tourner en premier ?
Le médecin traitant, pédiatre ou médecin scolaire est le premier interlocuteur. Il évalue le contexte global (vue, audition, bilinguisme, difficultés scolaires généralisées ou spécifiques) et vous oriente vers la PCO 24 ou directement vers un orthophoniste pour un bilan.
Le diagnostic de la dysorthographie
Le diagnostic est médico-orthophonique et repose sur :
- Un entretien médical : histoire développementale, contexte familial, bilans sensoriels (vue, ouïe)
- Un bilan orthophonique complet : évaluation standardisée de l'orthographe (dictée de mots, de texte, production écrite), de la conscience phonologique et de la mémoire orthographique — distinct du bilan de lecture
- Une analyse qualitative des erreurs : l'orthophoniste identifie le type de difficultés (phonétiques, lexicales, grammaticales) pour orienter la rééducation
- Un bilan psychométrique si nécessaire : pour exclure une déficience intellectuelle
- Une concertation médecin-orthophoniste pour conclure au diagnostic
- Coordonne le parcours de bilan : elle organise le bilan orthophonique spécifique et le bilan médical nécessaires au diagnostic de la dysorthographie
- Centralise les comptes-rendus : tous les résultats sont rassemblés pour une synthèse claire partagée avec la famille et les professionnels de santé
- Oriente vers les orthophonistes conventionnés pour la rééducation, en tenant compte de l'offre locale en Dordogne
- Soutient les familles dans les démarches scolaires (PAP, MDPH si nécessaire) et répond à vos questions tout au long du parcours
- La dysorthographie est un trouble spécifique et durable de l'orthographe et de l'expression écrite, d'origine neurologique
- Elle touche 5 à 6 % des enfants scolarisés et est différente de la dyslexie, même si les deux coexistent souvent
- La dyslexie concerne la lecture ; la dysorthographie concerne l'écriture des mots — il est possible d'avoir l'une sans l'autre
- Ce n'est pas un manque d'efforts ou d'attention : les mécanismes de traitement et de mémorisation orthographique fonctionnent différemment
- Le diagnostic est médico-orthophonique, possible à partir de la fin du CE1-CE2
- La rééducation orthophonique et les outils numériques de compensation (correcteurs, dictée vocale) permettent des progrès importants
- Un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé) peut adapter les exigences scolaires
- La PCO 24 coordonne gratuitement le parcours diagnostique et d'accompagnement en Dordogne
- INSERM — Troubles spécifiques des apprentissages : dossier scientifique sur la dysorthographie, la dyslexie et les autres troubles dys
- Fédération Française des DYS (FFDys) : ressources pour les familles, guides pratiques, liste de professionnels
- Poppins — Différence dyslexie et dysorthographie : article pédagogique complet sur les différences et points communs entre les deux troubles
5. Que peut-on faire à la maison ?
Dédramatiser l'orthographe
L'orthographe française est objectivement complexe, même pour les non-dysorthographiques. Recontextualisez les difficultés de votre enfant : il ne « fait pas des fautes exprès ». Évitez de corriger systématiquement tous ses écrits informels (messages, notes personnelles) — préservez des espaces d'expression écrite libres et sans pression.
Autoriser et encourager les outils numériques
L'ordinateur, la tablette avec correcteur orthographique, les logiciels de dictée vocale (comme les outils intégrés aux systèmes Windows et MacOS) sont des alliés précieux. Ils permettent à votre enfant de produire des écrits de qualité malgré ses difficultés, de préserver sa motivation et de valoriser ses idées plutôt que ses erreurs.
Travailler avec des jeux et des activités ludiques
Des jeux de mots (Scrabble adapté, Boggle, mots croisés illustrés), des applications dédiées aux troubles dys, des lectures partagées peuvent consolider les représentations orthographiques de façon agréable et non anxiogène. L'exposition aux mots écrits dans des contextes positifs renforce la mémorisation.
Soutenir la confiance en soi
Un enfant dysorthographique entend souvent qu'il fait « trop de fautes ». Avec le temps, cela peut impacter sa façon de se percevoir comme élève et comme personne. Valorisez ce qu'il exprime dans ses écrits — ses idées, son imagination, sa logique — au-delà de la forme orthographique.
Communiquer avec l'école
Un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé) peut permettre : tiers-temps aux examens, dictées réduites ou adaptées, usage d'un ordinateur en classe, non-pénalisation de l'orthographe dans certaines matières. Échangez régulièrement avec l'enseignant(e) pour adapter les attentes et éviter les humiliations publiques (lecture de textes fautifs à voix haute devant la classe, corrections affichées).
Prendre soin de vous
Les difficultés orthographiques de votre enfant peuvent vous faire sentir impuissant(e), surtout si les révisions sont longues et pénibles. Rappelez-vous que vous n'êtes pas l'orthophoniste de votre enfant — votre rôle est de le soutenir affectivement, pas de corriger chaque faute. La PCO 24 et l'orthophoniste sont là pour la partie technique ; vous êtes là pour la partie humaine.
6. Le rôle de la PCO 24 dans le parcours
La PCO 24 (Plateforme de Coordination et d'Orientation de Dordogne) est un dispositif gratuit, pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie, qui accompagne les enfants de 0 à 12 ans présentant une suspicion de TND.
Ce que fait la PCO 24
Comment accéder à la PCO 24 ?
L'orientation vers la PCO 24 se fait par un médecin (médecin traitant, pédiatre, médecin scolaire). C'est lui qui remplit le « formulaire d'adressage ».
💡 Bon à savoir : pendant toute la durée du parcours PCO, tous les bilans et accompagnements coordonnés par la plateforme sont gratuits.
7. En résumé
Pour aller plus loin
Fiche rédigée par l'équipe PCO 24, en partenariat avec Psychopedia Formations. Sources : INSERM (2019), DSM-5, CIM-11 (OMS), Fédération Française des DYS, FFDys enquête 2025 (Poppins). Mise à jour : juin 2026.