1. Qu'est-ce que la dyslexie ?
La dyslexie est un trouble spécifique des apprentissages qui affecte l'acquisition de la lecture. Le DSM-5 la classe sous l'intitulé « Trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture ». La CIM-11 parle de « trouble spécifique de la lecture ».
Elle se caractérise par des difficultés durables et significatives dans la précision ou la fluidité de la reconnaissance des mots écrits, qui ne s'expliquent pas par un déficit intellectuel, un problème de vue ou d'ouïe, un manque de scolarisation, ou des difficultés psychosociales.
La dyslexie résulte de particularités dans le traitement phonologique du cerveau — c'est-à-dire dans la façon dont le cerveau associe les sons à leurs représentations écrites (lettres, syllabes). Ce n'est pas une question de vision : les enfants dyslexiques ne « voient » pas les lettres à l'envers, leur acuité visuelle est normale.
Prévalence : La dyslexie touche 4 à 5 % des enfants en âge scolaire en France, selon la Fédération Française des DYS. Statistiquement, chaque enseignant a 1 ou 2 élèves dyslexiques dans sa classe chaque année. Les garçons sont légèrement plus souvent diagnostiqués (ratio de 3 à 4 garçons pour 1 fille), mais les filles seraient sous-diagnostiquées en raison de stratégies de compensation plus développées.
Important : La dyslexie est distincte de la dysorthographie, même si les deux coexistent souvent. La dyslexie concerne principalement la lecture ; la dysorthographie concerne l'orthographe et l'expression écrite. Il est tout à fait possible d'avoir une dyslexie sans dysorthographie significative, et inversement. (Voir notre fiche dédiée à la dysorthographie.)
Ce que la dyslexie n'est PAS :
- Ce n'est pas un manque d'intelligence
- Ce n'est pas le signe d'un problème de vision non corrigé (même si un bilan ophtalmologique est utile pour l'éliminer)
- Ce n'est pas dû à un manque de lecture ou de stimulation culturelle
- Ce n'est pas une phase : sans accompagnement spécialisé, les difficultés persistent
« La dyslexie est un trouble spécifique de la lecture, durable et sévère chez 1 à 2 % des enfants concernés, avec des répercussions sur la scolarité et la vie quotidienne. Sa prise en charge permet cependant d'améliorer et/ou de compenser les fonctions déficientes. »
— INSERM, Dossier Troubles spécifiques des apprentissages
2. Comment se manifeste la dyslexie chez l'enfant ?
Les signes varient selon l'âge et la sévérité du trouble. Trois grandes formes de dyslexie sont distinguées, avec des manifestations spécifiques :
Les trois formes principales
Dyslexie phonologique (la plus fréquente)
- Difficulté à « décoder » les mots nouveaux lettre par lettre, puis syllabe par syllabe
- Confusions de sons proches (p/b, d/t, f/v)
- Difficultés à segmenter les mots en syllabes ou en sons
Dyslexie de surface (ou lexicale)
- L'enfant lit mot par mot en déchiffrant, mais ne reconnaît pas les mots fréquents « d'un coup d'œil »
- Lecture lente et laborieuse même pour des textes simples
- Difficultés en orthographe d'usage (mots irréguliers)
Dyslexie mixte
- Association des deux formes précédentes
Signes à l'école primaire
- En GS-CP : ne retient pas les correspondances lettres-sons, a du mal à segmenter les syllabes, n'acquiert pas la conscience phonologique
- En CE1-CE2 : lit mot par mot, confond des lettres visuellement proches (b/d, p/q, m/n), saute ou inverse des syllabes (ex : « li » pour « il », « bra » pour « bar »), lecture très lente
- En CM1-CM2 : lecture encore laborieuse, ne comprend pas toujours ce qu'il lit car toute l'énergie est mobilisée par le décodage, peine à lire à voix haute en classe
Signes plus larges
- Grande fatigue après une lecture, même courte
- Évitement de la lecture et des activités qui l'impliquent
- Difficulté à copier ce qui est au tableau (combinaison de lecture et d'écriture)
- Bonne compréhension à l'oral, mais compréhension écrite bien inférieure
À noter
La dyslexie est souvent associée à une dysorthographie (dans la grande majorité des cas), et peut l'être à un TDAH, une dyscalculie, ou un TDC. Environ 40 % des enfants avec un trouble des apprentissages en présentent plusieurs. Un bilan complet permet d'identifier l'ensemble du profil.
3. Les idées reçues à dépasser
« Mon enfant ne lit pas bien parce qu'il ne s'entraîne pas assez »
Faux. Les enfants dyslexiques font souvent des efforts considérables — ils travaillent plus que leurs camarades pour des résultats moindres. La dyslexie est une particularité neurologique dans le traitement phonologique : ce n'est pas une question de quantité d'entraînement, mais de méthode et d'accompagnement spécialisé.
« Lire plus souvent à la maison va suffire »
Faux. Bien que la lecture partagée à la maison soit bénéfique pour le développement du langage, elle ne peut pas remplacer la rééducation orthophonique. La dyslexie nécessite une prise en charge spécialisée qui repose sur des techniques de décodage phonologique structurées, que l'orthophoniste seul est formé à déployer.
« Mon enfant voit les lettres à l'envers, c'est pour ça qu'il est dyslexique »
Faux. Inverser des lettres (b et d, p et q) est fréquent chez les enfants qui apprennent à lire, dyslexiques ou non. La dyslexie n'est pas un problème de vision : c'est un trouble du traitement phonologique (sons-lettres). Les lunettes ne corrigent pas la dyslexie.
« Les enfants dyslexiques sont moins intelligents »
Faux. La dyslexie n'a aucun lien avec l'intelligence. De nombreuses personnes particulièrement brillantes sont dyslexiques : scientifiques, artistes, entrepreneurs. Les difficultés de lecture n'ont pas de rapport avec la capacité de raisonnement, de création ou d'analyse.
« Ça passera avec l'âge »
Faux. La dyslexie est un trouble persistant. Sans prise en charge, les difficultés ne disparaissent pas — elles évoluent, mais restent présentes. Avec un accompagnement orthophonique adapté et des stratégies de compensation, l'enfant peut progresser significativement et développer des outils qui l'accompagneront toute sa vie.
4. Qui consulter et quand ?
Quand consulter ?
Consultez si votre enfant :
- N'a pas acquis les bases du décodage à la fin du CP malgré un enseignement adapté
- Présente en CE1 un retard de lecture d'au moins 18 mois par rapport aux attentes pour son âge
- Confond régulièrement des lettres ou syllabes, saute des mots en lisant
- Montre une grande fatigue ou une anxiété importante liée à la lecture et aux situations scolaires
- A un frère, une sœur ou un parent dyslexique (la dyslexie a une composante génétique importante)
Vers qui se tourner en premier ?
Le médecin traitant, pédiatre ou médecin scolaire est le point d'entrée. Il peut écarter d'autres causes (problèmes d'acuité visuelle ou auditive, troubles psycho-affectifs) et vous orienter vers la PCO 24 ou directement vers un orthophoniste pour un bilan.
Le diagnostic de la dyslexie
Le diagnostic est médico-orthophonique et inclut :
- Un entretien médical : histoire développementale, antécédents familiaux, contexte scolaire, bilans sensoriels (vue, ouïe)
- Un bilan orthophonique complet : évaluation standardisée de la lecture (précision, vitesse, compréhension), de la conscience phonologique, du traitement des sons, de l'orthographe
- Un bilan psychométrique si nécessaire : pour exclure une déficience intellectuelle
- Une concertation médecin-orthophoniste qui conclut au diagnostic
- Coordonne le parcours de bilan : elle organise le bilan orthophonique, le bilan médical et les éventuels bilans complémentaires nécessaires au diagnostic de la dyslexie
- Centralise les comptes-rendus : tous les résultats sont rassemblés pour une synthèse claire et partagée avec la famille
- Oriente vers les orthophonistes conventionnés pour la rééducation et les structures adaptées
- Soutient les familles dans les démarches scolaires (PAP) et les demandes à la MDPH si nécessaire
- La dyslexie est un trouble spécifique et durable de l'apprentissage de la lecture, d'origine neurologique
- Elle touche 4 à 5 % des enfants scolarisés en France — soit 1 à 2 élèves par classe
- Elle résulte de particularités dans le traitement phonologique (association sons-lettres), pas d'un problème de vision
- Ce n'est pas un manque d'efforts : les enfants dyslexiques travaillent souvent plus que leurs camarades
- La dyslexie est différente de la dysorthographie, même si elles coexistent fréquemment
- Le diagnostic est médico-orthophonique, possible à partir de la fin du CP
- La rééducation orthophonique et les outils numériques de compensation permettent des progrès significatifs
- La PCO 24 coordonne gratuitement le parcours diagnostique et d'accompagnement en Dordogne
- INSERM — Troubles spécifiques des apprentissages : dossier scientifique de référence sur la dyslexie
- Fédération Française des DYS (FFDys) : ressources pour les familles, liste de professionnels, guide scolaire
- Ministère de l'Éducation nationale — PAP : informations sur les aménagements scolaires disponibles pour les enfants dyslexiques
Le diagnostic est posé à partir de CE1 au plus tôt (fin de CP en cas de signes très précoces), lorsque l'enfant a eu le temps d'être exposé à l'enseignement de la lecture.
5. Que peut-on faire à la maison ?
Préserver le goût des histoires
Même si votre enfant ne lit pas bien, le plaisir des histoires reste fondamental. Lisez-lui des livres à voix haute, écoutez des livres audio ensemble, regardez des documentaires. Séparez le plaisir des histoires de l'acte de lecture — cela préserve la motivation et enrichit le vocabulaire.
Ne pas transformer la maison en lieu de stress scolaire
Évitez les séances de lecture forcées et épuisantes. Proposez des temps courts et décompressés. Si votre enfant est en larmes après l'école, laissez-lui du temps pour souffler avant les devoirs. Son cerveau a besoin de récupérer.
Utiliser les outils numériques adaptés
La technologie est une alliée précieuse : la synthèse vocale (pour écouter les textes lus par l'ordinateur), les dictées vocales, les polices adaptées aux dyslexiques (OpenDyslexic), les applications de lecture assistée. Ces outils ne sont pas des « tricheries » — ce sont des compensations légitimes, au même titre que les lunettes pour un enfant myope.
Valoriser les forces
Les enfants dyslexiques ont souvent des capacités remarquables dans d'autres domaines : créativité, raisonnement spatial, sens artistique, empathie. Nourrissez ces talents et assurez-vous que votre enfant sait qu'il est intelligent et capable, même si la lecture lui coûte.
Communiquer avec l'école
Un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé) peut permettre des aménagements essentiels : tiers-temps lors des évaluations, usage d'un ordinateur, évaluations à l'oral, documents agrandis ou adaptés. La PCO 24 peut vous aider à mettre en place ces démarches et à constituer un dossier MDPH si nécessaire.
Prendre soin de vous
Voir son enfant souffrir à cause de l'école est douloureux. Il est normal de se sentir impuissant(e), voire en colère. Parlez-en à votre médecin, rejoignez des associations comme la FFDys pour trouver du soutien et des conseils pratiques d'autres parents qui vivent la même situation.
6. Le rôle de la PCO 24 dans le parcours
La PCO 24 (Plateforme de Coordination et d'Orientation de Dordogne) est un dispositif gratuit, pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie, qui accompagne les enfants de 0 à 12 ans présentant une suspicion de TND.
Ce que fait la PCO 24
Comment accéder à la PCO 24 ?
L'orientation vers la PCO 24 se fait par un médecin (médecin traitant, pédiatre, médecin scolaire). C'est lui qui remplit le « formulaire d'adressage ».
💡 Bon à savoir : pendant toute la durée du parcours PCO, tous les bilans et accompagnements coordonnés par la plateforme sont gratuits.
7. En résumé
Pour aller plus loin
Fiche rédigée par l'équipe PCO 24, en partenariat avec Psychopedia Formations. Sources : INSERM (2019), DSM-5, CIM-11 (OMS), Fédération Française des DYS, HAS, IPUBLI-INSERM (rapport dyslexie). Mise à jour : juin 2026.